Journal · 4 mai 2026 · 5 min de lecture
Traverser le Drake ou le survoler
Deux jours d’océan ouvert ou deux heures dans les airs ? Un regard honnête sur ce que l’on gagne et ce que l’on perd dans chaque cas.
Entre la pointe de l’Amérique du Sud et la péninsule Antarctique s’étendent quelque 800 kilomètres des eaux les plus redoutées de la planète. Le passage de Drake est le lieu où les océans Atlantique, Pacifique et Austral se rencontrent sans rien pour les freiner. La façon de le franchir, en bateau ou en avion, est l’une des premières décisions de votre voyage, et l’une des plus personnelles.
Les arguments pour la navigation
Traverser le Drake par la mer est la manière traditionnelle de rejoindre l’Antarctique et, pour beaucoup de voyageurs, cela fait partie de l’expérience.
Une arrivée qui se mérite
En deux jours de route vers le sud depuis Ushuaïa, le monde change lentement. L’eau se refroidit, le premier albatros hurleur plane dans le sillage, puis, un matin, un iceberg apparaît. Arriver ainsi donne à l’Antarctique un poids et une sensation de distance qu’un vol peut difficilement reproduire.
C’est généralement plus avantageux
Les voyages en bateau offrent le plus de départs, le plus grand choix de navires et, en général, des tarifs journaliers plus bas. Si le budget compte, c’est là qu’il ira le plus loin.
Les jours de mer ne sont pas perdus
Les équipes d’expédition profitent de la traversée pour des conférences sur la faune, la glaciologie et l’histoire, ainsi que pour les briefings obligatoires et les contrôles de biosécurité. Beaucoup de voyageurs comptent les heures passées sur la passerelle ou sur le pont, jumelles à la main, parmi les meilleurs moments du voyage.
Les arguments pour l’avion
Les formules vol et croisière partent de Punta Arenas, au Chili, et rejoignent en avion l’île du Roi-George, dans les Shetland du Sud, où l’on embarque.
Chaque jour compte
L’avion fait gagner environ quatre jours de navigation sur l’aller-retour. Une formule vol et croisière d’une semaine peut offrir presque autant de jours en Antarctique qu’un voyage en bateau bien plus long.
Le mal de mer devient un moindre souci
Si vous êtes réellement sujet au mal des transports, éviter le Drake peut transformer un voyage angoissant en un pur bonheur. Vous naviguerez toujours entre les îles, mais les conditions y sont en général bien plus douces qu’en plein passage.
Le Drake est imprévisible dans les deux sens : certaines traversées sont d’un calme de miroir, d’autres sont une véritable épreuve. L’avion supprime ce pari, mais en introduit un autre.
Les compromis dont personne ne parle
Les retards liés à la météo
L’avion se pose sur une piste en gravier des Shetland du Sud et ne décolle que si les conditions le permettent. Des retards d’un jour ou plus sont possibles à l’aller comme au retour. Chaque opérateur les gère à sa façon : certains prévoient des jours tampons, d’autres adaptent le voyage lui-même. Vérifiez toujours la politique en cas de retard auprès de l’opérateur partenaire.
Les limites de bagages
Les vols affrétés imposent souvent des limites de poids strictes pour les bagages, ce qui influe sur le matériel photo et les vêtements que vous pouvez emporter. Confirmez la franchise avant de faire votre valise.
Le prix par jour
Les formules vol et croisière coûtent généralement plus cher par jour que les voyages équivalents en bateau, en raison du coût des vols affrétés.
Une voie médiane
Certains voyages combinent les deux : traversée du Drake en bateau dans un sens, en avion dans l’autre. Vous vivez la traversée une fois, gagnez quelques jours et divisez par deux le risque de mal de mer. Ces départs sont rares, mais ils valent la peine d’être demandés.
Comment choisir
Posez-vous trois questions en toute honnêteté :
- De combien de temps disposez-vous ? Si c’est une semaine ou moins, l’avion est presque certainement la réponse.
- Quel est votre rapport à la mer ? Si l’idée d’une traversée agitée vous inspire plus d’appréhension que de curiosité, prenez l’avion.
- Qu’est-ce qui compte le plus : le voyage ou la destination ? Certains voyageurs veulent vivre tout l’arc du voyage ; d’autres veulent chaque heure possible au milieu des glaces.
Il n’y a pas de bonne réponse, seulement celle qui vous convient.
Se préparer à la traversée
Si vous naviguez, quelques habitudes font une vraie différence :
- Parlez à votre médecin d’un traitement contre le mal de mer avant le départ, et commencez-le avant d’embarquer s’il vous le conseille.
- Choisissez une cabine basse et proche du centre du navire, là où les mouvements sont les plus doux.
- Passez du temps sur le pont, le regard fixé sur l’horizon.
- Mangez léger, hydratez-vous et reposez-vous.
La plupart des voyageurs trouvent leur pied marin en une journée, et la récompense qui attend de l’autre côté en vaut largement la peine.